|
Pour ce premier récital en solo, Christian Rivet juxtapose
deux univers musicaux, celui de la guitare baroque et de la guitare
contemporaine. Le Tombeau de Robert de Visée d'André Jolivet (1905-1974),
d'un côté, des pièces de Robert de Visée (vers 1659-vers 1732), dont le
Tombeau de Francisco Corbetta, de l'autre : si les musiques
restent très éloignées l'une de l'autre, la cohérence du programme est toute
trouvée.
Le Tombeau de Robert de Visée n'a pas eu beaucoup de
succès auprès des guitaristes. Depuis sa création (1981, quatorze ans après sa
composition) et son enregistrement (Lyrinx, 1986) par Rafael Andia, Rivet est à
notre connaissance le premier à l'avoir gravée sur CD. Trente ans après la mort
de Jolivet, on ne peut que saluer l'initiative, même si l'oeuvre, terriblement
difficile pour l'interprête, ne l'est pas moins pour l'auditeur. Bâti comme une
suite baroque, ce Tombeau plein de réminiscences (accords arpégés du
Prélude évoquant ceux de la Sarabande pour guitare de Poulenc,
citation du Tombeau de Couperin de Ravel dans la Passacaille)
trouve en Rivet un interprète aux ressources techniques impressionnantes, qui
fait preuve, en outre , d'une rare intelligence musicale. Dans les pièces de
Robert de Visée, le guitariste achève de nous conquérir par sa finesse. Outre la
célèbre Suite en ré et le Tombeau de Francisque Corbett,
Christian Rivet propose quelques pièces moins connues, car restées à l'état
manuscrit. Intimiste, rêveuse, son interprétation se distingue par l'extrême
délicatesse du toucher et une sonorité irréprochable. L'ornementation,
abondante, pimente et assouplit le discours. Fidèle à la pulsation des danses,
Rivet s'attarde sur les rythmes pointés et les fins de phrase, laissant respirer
une musique trop souvent "étouffée" par des schémas rythmiques rigides. Il en
naît une pointe d'affectation qui peut surprendre au début, mais qui ne messied
pas à cette musique, au contraire. Visée a rarement été aussi finement
appréhendé.
Christelle Cazaux

|